Félicie

FéLICIE

Je rédige, protégée, à l’ombre d’un arbre familial. En sa sève coulent les prénoms et les vies de celles à qui je dois probablement tout ce que je suis. Des femmes au destin peu commun, éclaireuses ou guérisseuses.

Je vous ai déjà parlé de Suzanne à la tendresse et à la mémoire fluettes, de Francelina ma grand-mère à deux ailes, d’Anna l’arrière bien excentrique mais pas encore de Félicie. Voici les premières lignes de son récit qui m’ont été données par la nuit :

Il devait avoir 16 ans à peine et ce serait son dernier décembre. Elle le savait. Elle lui racontait de ses yeux l’immensité du voile neigeux sur la campagne. Elle taisait les uniformes ensanglantés, taches éparses bleues et rouges sur la poudreuse. Elle préférait lui décrire un champ de coquelicots aux cœurs noirs et le blanc immaculé qui immobilisait la colère des canons.

 

Les images l’aidaient à tenir, la poésie à soutenir l’atrocité des nuits sans bout et à supporter la fange mêlée aux cris.

Chaque jour, elle suturait les blessures profondes et extirpait le feu des éclats d’obus. Elle s’appliquait. Elle recousait les cœurs en y glissant dedans un petit bout du sien. Elle déposait son amour pour les autres sous la gaze désinfectée. On la voyait caresser de sa douceur les visages épuisés d’avoir lutté et couvrir de ses mots la chair frigorifiée. Dans ce qui servait d’antichambre à la folie, sa présence seule rassurait. Elle apaisait et tiédissait le souffle jusqu’à ce qu’il s’autorise à regagner le corps un peu moins meurtri. Elle assistait les heures sombres et empêchait la mort de croquer toute la vie. 

Ce soir pourtant, elle lui tiendrait la main sans relâcher l’étreinte. Elle le sentait, elle accompagnerait cette étoile éphémère vers la lumière.  

Félicie était infirmière. Mais la passeuse, on l’appelait. 

 

C’était à l ‘époque où la neige tombait du ciel et des toits. Noël se résumait à ce simple apparat. Sa foi. 

Félicie avait le don de soi, toute sa vie serait marquée par cela. 

 

La capsule de cette fin d’année est parsemée de bleu et de rouge. Sans fioriture ni ornement. La table des fêtes est celle qui rassemble et me ressemble. La nostalgie du vichy, l’authenticité des céramiques de Tom and Folks, la simplicité de la gaze de coton et la chaleur des bougies.  Félicie n’est pas loin et j’ai bien saisi dans les premiers flocons son appel à rentrer chez moi, à raviver l’amour et à recouvrir d’une nappe l’ombre de mes maux. Noël est là, pourquoi ne serais-je pas en joie ?

A l’encre

A l'encre

Elle aimait inventer des mots.

Elle buvar𝚍ait.

𝙴́𝚌𝚛𝚒𝚛𝚎 𝚒𝚗𝚝𝚎𝚖𝚙𝚎𝚜𝚝𝚒𝚟𝚎𝚖𝚎𝚗𝚝 𝚊̀ 𝚜𝚎 𝚗𝚘𝚢𝚎𝚛 𝚍𝚊𝚗𝚜 𝚕’𝚎𝚗𝚌𝚛𝚎 

Elle utilisait le stylo comme d’autres usaient de leur bouche.

Le fond de la classe était son repère, 

L’observation son plaisir inavoué et les taches sur les doigts sa honte maquillée. 

Elle bavassait en silence

Et ne savait pas qu’il s’agissait d’un don en réalité.

[…]

Elle ne finissait jamais ses phrases comme s’il fallait économiser les mots.

Cette manie en agaçait plus d’un qui ne vibrait pas au même tempo.

Elle butait sur les fins

Pour retenir un souffle, une idée

Un autre monde déjà et, de l’autre côté, 

Les autres hébétés.

Ses dialogues écourtés n’étaient que le calque d’une pensée agitée et réservée.

Hyper, sa sensibilité.

[…]

Elle détestait le bruit.

Seul le froissement du papier kraft lui était tolérance, rassurance et familiarité.

Elle nourrissait pour le trop plein de sons et la cacophonie ambiante presqu’une aversion.

Pourquoi fallait-il hausser et glousser

Pour toujours se réaliser ?

Les modestes et les en-retrait pouvaient la comprendre.

C’est du moins ce qu’elle espérait

A mots feutrés.

[…]

Elle hésitait 

Entre la joie et la monochromie. 

Contrôler les couleurs et fuir  les regards appuyés

Ne pas faire de bruit, taire les excès de folie

Pour elle, c’était facile.

Elle ne laissait personne imaginer tous ses états intimes 

Ni ouvrir son carnet de croquis.

Les autres, 

Plutôt qu’elle.

Elle préférait.

Un jour, 

Beaucoup plus tard, elle déciderait

Elle oserait,

Laisser sur elle couler l’encrier. 

[…]

 

“Buvard”, “Calque”, “Kraft” et “Couleurs”  sont les noms donnés aux émaux  de la collection Studio de Jars Céramistes. En édition limitée sur La Loja.Les

Canicule

canicule

LIGNES 

𝑅𝑎𝑚𝑒𝑛𝑒𝑧-𝑚𝑜𝑖 𝑎̀ 𝑙’𝑒́𝑡𝑒́ 𝑑𝑒 𝑚𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑟𝑒𝑛𝑡𝑠.

Sur cette plage où nous passions nos journées à nous gaver d’iode et de crèmes glacées. Dans la cabane de tissu ligné. Sur les nattes de corde et dans la mer gelée.

Le mois de juillet avait l’odeur de l’huile de coco, du sel et des algues. Nous avions nos rituels, au rythme des marées, les sacs remplis de nos occupations et de petits pains fourrés.
Les plus intrépides d’entre nous combattaient les vagues fâchées. Les autres laissaient le soleil les caresser. Nos vieux nous fuyaient, à eux les longues balades. L’étendue dorée et la paix royale … à nous. En réalité.

Je me noyais dans les lectures, le bruit de l’océan qui roule et les cris des enfants-mouettes en bande sonore. Je cessais d’être pour rêver. A moins que l’inverse ce n’était. Je faisais des duels avec le soleil, le regarder droit dans les yeux et ne pas détourner. Le visage tanné. Je me laissais bercer par l’intensité de la lumière fleurtant à la surface de l’eau. Droite comme une ligne, comme un cœur qui a cessé de se laisser torturer.

𝑅𝑎𝑚𝑒𝑛𝑒𝑧-𝑚𝑜𝑖 𝑎̀ 𝑙’𝑒́𝑡𝑒́ 𝑑𝑒 𝑚𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑟𝑒𝑛𝑡𝑠. 𝐴𝑢 𝑏𝑜𝑟𝑑 𝑑𝑒 𝑙’𝐴𝑡𝑙𝑎𝑛𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒, 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑏𝑟𝑜𝑛𝑧𝑒́𝑠 𝑒𝑡 𝑛𝑜𝑠 𝑒𝑠𝑝𝑟𝑖𝑡𝑠 𝑙𝑒́𝑔𝑒𝑟𝑠.

BRÛLURES 

“𝑃𝑟𝑒𝑛𝑑𝑠 𝑚𝑎 𝑗𝑜𝑢𝑒“.
𝐽’𝑦 𝑎𝑖 𝑒𝑛𝑓𝑜𝑢𝑖 𝑙𝑒 𝑛𝑒𝑧 𝑒𝑡 𝑠𝑢𝑖𝑠 𝑑𝑒𝑠𝑐𝑒𝑛𝑑𝑢𝑒 𝑗𝑢𝑠𝑞𝑢’𝑎𝑢 𝑐𝑜𝑢
𝐼𝑙 𝑎 𝑙𝑎 𝑝𝑒𝑎𝑢 𝑐𝑜𝑢𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑜𝑟𝑒́𝑒. 𝐿𝑎 𝑠𝑎𝑣𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑢 𝑙𝑎𝑖𝑡 𝑠𝑢𝑐𝑟𝑒́
𝐸𝑡 𝑞𝑢𝑒𝑙𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑔𝑟𝑎𝑖𝑛𝑠 𝑑𝑒 𝑠𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑒́𝑔𝑎𝑟𝑒́𝑠.

“𝑅𝑒𝑠𝑝𝑖𝑟𝑒, 𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑝𝑖𝑟𝑒.
𝑅𝑖𝑠 𝑎̀ 𝑛𝑒 𝑝𝑎𝑠 𝑡’𝑒𝑛 𝑝𝑟𝑖𝑒𝑟.
𝑇𝑎 𝑚𝑒́𝑚𝑜𝑖𝑟𝑒 𝑟𝑒𝑐ℎ𝑎𝑟𝑔𝑒𝑟𝑎 𝑐𝑒𝑙𝑎 𝑞𝑢𝑎𝑛𝑑 𝑒𝑛 𝑙𝑎𝑟𝑚𝑒𝑠 𝑡𝑢 𝑠𝑒𝑟𝑎𝑠“.

J’ai brûlé ses lettres, ma peau
Et mes ailes à espérer
J’ai soufflé sur les braises de l’été
Je sais pourtant bien qu’il n’est pas fait pour durer.

ÉCLABOUSSURES 

Sur le mur
Les doutes, les ombres
Mes éclats
Blessures

CHAU(D)X

Elle m’a dit “attrape-moi la main”

Un oiseau à 5 plumes de loin

Elle m’a dit “cours aussi vite que moi”

Elle a les jambes longues commes des feuilles de palmier

Dans les rues nous avons joué

Moi petite et mon ombre

A même la chaux de mes souvenirs

D’été

De sable et d’eau

de sable et d'eau

DE SABLE ET D’EAU •

𝐿’𝑒́𝑐𝑟𝑖𝑡𝑢𝑟𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑙𝑒𝑛𝑡𝑒 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑎𝑛𝑒𝑠𝑡ℎ𝑒́𝑠𝑖𝑒́𝑒 𝑝𝑎𝑟 𝑐𝑒𝑡 𝑒́𝑡𝑒́ 𝑞𝑢𝑖 𝑛𝑒 𝑐𝑒𝑠𝑠𝑒 𝑑𝑒 𝑠’𝑒𝑚𝑏𝑟𝑎𝑠𝑒𝑟. 𝐽’𝑎𝑖𝑚𝑒𝑟𝑎𝑖𝑠 𝑝𝑜𝑢𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑙𝑎𝑣𝑒𝑟 𝑚𝑒𝑠 𝑝𝑒𝑛𝑠𝑒́𝑒𝑠 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑙𝑖𝑚𝑝𝑖𝑑𝑖𝑡𝑒́. 𝐿𝑒𝑠 𝑟𝑒𝑓𝑟𝑜𝑖𝑑𝑖𝑟. 𝑆𝑒 𝑟𝑒𝑠𝑠𝑎𝑖𝑠𝑖𝑟.

Je suis née un jour de canicule. Juin ’76.

Je suis une apprentie solaire. A toujours tenter d’équilibrer une vie gorgée d’éclats de lumière et d’ombres projetées sur la chaux. A danser sous les gouttes d’eau ou poser les pieds nus sur le sol qui brûle. Avec lui mes idées de sabotage et d’échouage. A laisser l’océan déteindre sur moi et porter l’infini de ses bleus. Dans les vagues à l’âme se jeter. Et ne jamais se laisser chavirer. Revenir à la plage de mes projets comme une bouteille lancée à la mer.

Ma destinée est placée sous le signe de la dualité. Cela fait longtemps que je le sais. Intimement que je le ressens. Sécheresse et appel du soleil, soif et fluidité, foyer et horizon, impatience et somnolence, envies et repli. Mais n’est-elle pas comme ça la vie tout court, à modeler le sable et l’eau pour construire des châteaux ? N’est-on pas ainsi fait des désirs ardents de la terre et des larmes du ciel ?

𝐿’𝑒́𝑐𝑟𝑖𝑡𝑢𝑟𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑖𝑐𝑖𝑙𝑒 𝑠𝑜𝑢𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑓𝑒𝑢𝑥 𝑑𝑢 𝑚𝑜𝑖𝑠 𝑑’𝑎𝑜𝑢̂𝑡. 𝐸𝑙𝑙𝑒 𝑚𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑟𝑖𝑑𝑒𝑠 𝑎𝑢 𝑐𝑜𝑖𝑛 𝑑𝑒𝑠 𝑦𝑒𝑢𝑥 𝑒𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑒𝑟𝑙𝑒𝑠 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑗𝑜𝑢𝑒𝑠. 𝐽𝑒 𝑝𝑒𝑛𝑠𝑒 𝑎𝑢 𝑑𝑒́𝑏𝑢𝑡 𝑑𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑡. 𝐸𝑡 𝑟𝑒𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑐𝑒𝑟.

A la table d’Anna

A la table d'anna

Elle n’a pas d’âge, Anna. Le film s’est arrêté au printemps de ma vie et à hauteur de ses jupons aux improbables imprimés. Filtre suranné.

Anna a les boucles immaculées. Comme des petits nuages d’ouate sur sa tête qu’elle promène tout le temps avec elle. Elle les a chopés à son mari, l’arrière grand-père. Ca ne m’étonne d’ailleurs pas d’elle. Sur son visage, un sourire et des yeux pincés qui laissent deviner l’enfant espiègle qu’elle n’a jamais quittée. Elle a trois répliques d’elle Anna. Mimi, Nénette et Suzanne, ses filles chéries. Elle a des bas collants couleur chair dont elle n’a que faire. Sur sa cheville, ils sont tout ratatinés. Les manches de ses chemisiers aussi. La fée clochette en fripes de petite vieille, ç’aurait pu être elle. C’aurait été drôlement plus magique que ce surnom tout rabougri, “La Bobonne”. Dans son sillage flotte une odeur de réglisse achetée à la sauvette chez l’épicière de la rue Piesseveaux et dissimulée dans son grand cabas de faux cuir. Noir. Diable, le caractère d’Anna. D’ailleurs, je ne suis pas sûre qu’elle allait à la messe Anna. Un point commun avec moi. Je ne dirai pas Ma foi. 

 

 

La rebelle de ma mémoire familiale, c’est elle. Peut-être parce qu’avec moi elle ne s’embarrassait pas ou peut-être parce qu’il m’importe de l’imaginer telle. Au moins je comprendrais pourquoi je suis un peu comme ça. Toujours à la frontière du non et du pourquoi. Elle aurait probablement fait un doigt d’honneur à sa fin de vie Anna. Sa manière de faire oublier les longs couloirs de la clinique, les draps qui sentent mauvais et engloutissent son corps petit à petit. Ne retenir que ses lunettes du bout du nez, ses barbichette tu me tiens et la main bien fort. Surtout.

Aujourd’hui, j’ai mis les boucles d’oreilles d’Anna. Deux mini prunelles. Et puis j’ai dressé la table. Comme elle. On ne fait pas de tralala, dans ma tête ça insistait. La joie et voilà. Un repas improvisé, que l’on prépare hâtivement en écartant de la main quelques miettes d’une table qui n’a pas encore été lavée. Deux bancs, trois chaises et le reste où bon voudra. Des assiettes de tous les jours, des bols des grands soirs et du vert primevère. De celles qui tapissent le verger d’à-côté. La fraîcheur à l’état brut. Et son rire par-dessus qui claque. Pur. A cette table, j’ai convié tous ceux que j’aime et qui comprennent. 

Anna. 

Je voudrais que pour les miens elle soit encore là.

La composition A la table d’Anna est un joyeux mélange : Esprit Cantine de Jars Céramistes,  collection Chou de Bordallo Pinheiro et lin lavé de Linge Particulier. A retrouver sur La Loja.

Sens dessus dessous

Sens dessus dessous

sens dessus dessous

Sens = sentidos, sentimentos (PT)

 

Alors que j’avais les sens

Dessus dessous

Ce matin deux cartes se sont échappées de l’oracle de Lili

Comme un petit mot froissé qu’il convenait de me glisser

Juste là

Juste à ce moment-là

Une caresse de papier

Venue du ciel

Et me murmurer

Des fois, il faut

Par amour

Accepter la magie de la vie

“Ma fille”.

 

 

Sans probablement le vouloir ni le savoir, Lili Barbery-Coulon a contribué à “sauver” mon confinement et secouer ma vie “d’après les tourments”. Ses cours de kundalini yoga en ligne et son oracle ont été le plus puissant des outils d’éveil.  Et de réveil.

Il y a quelques mois, en avril 2020, je vous écrivais : 

Je vous écris. Enfin. Cette fin d’après-midi.

J’ai l’impression de vous avoir quittés sur une révérence rapide et malhabile, pressée par la mi-mars et son appel au repli.

Renouer avec vous et trouver les mots pour traduire mon quotidien depuis le premier jour de ce grand chambardement. Je vous écris d’un « entre deux mondes”. J’apprivoise un emploi du temps et une profession réaménagés. La semaine s’écoule selon les heures d’ouverture d’une boutique aseptisée. Art de la table, produits fins ont laissé la place à la nécessité des mesures d’accueil et de protection drastiques. C’est derrière un écran de tissu et de plexi que s’égrènent mes jours et que transpirent ma peau et ma peur un peu aussi.

Je vous écris d’un « entre deux mondes » . La réalité d’une première boutique en veille et le rêve avorté d’une deuxième. Momentanément. Inévitablement. Les premiers jours cèdent à la crainte des projets financiers et puis apprennent à se satisfaire des aides de fortune et de l’espérance. 

Je vous écris d’un « entre deux mondes « . Un rythme quotidien effréné soudain envahi par les désirs de soi, de sagesse et d’introspection. J’ai peut-être – il est vrai – trop considéré la vie professionnelle comme un enfant turbulent ces derniers temps. Je me surprends, en quittant l’atelier, à ressentir la chaleur des rayons de soleil. En colère je suis qu’ils ne m’aient pas attendue. Je cherche, une fois rentrée en mon nid, ce que d’aucuns appellent les joies douces du confinement. Moi, j’évacue l’écume des jours. J’écoute mes découragements, je les combats plutôt. Je lis beaucoup et dans tous les sens. J’attends que la saudade laisse place à l’énergie nouvelle. J’essaie d’esquisser un après, je trie entre ici et plus tard. J’évacue ce qui ne me convient pas et plus.

Au loin, la vie. Elle est douce, il me semble. Je m’en souviens.

Je vous écris et j’espère qu’advienne un ré-enchantement. Celui du temps qui reste. 

Prenez soin de vous. Tous.

A très vite de l’autre côté des mots.

Delphine

Je ne le savais pas mais La Loja germait en moi. Qu’on l’appelle force créative ou élan de vie, ce qui se passait en moi me conduisait là.  Une histoire de liens spirituels et générationnels, un partage par l’écriture et la rencontre avec celle que je n’osais alors bousculer. Ma destinée. Quelques nappes de brouillard, de bleus et d’écorchures à l’âme plus tard, je peux enfin lui dire qu'”on a toute la vie, nous deux, pour réussir”. 

Ce matin deux cartes se sont échappées de l’oracle de Lili,

Le magic mantra et sehrab mama*

Juste là

Et me rappeler combien

L’infini est ici.

  *(Accueillir le miracle de la vie et L’heure de l’infinie tendresse a sonné)

Fé(e)ambule

Fé(e)ambule
Ma première ambiance. Ma première histoire.

Foi = fé (PT)

 

Je sais que le temps file et qu’en arrière on ne revient pas. Je sais que les miens m’ont aimée bien avant moi* et que dans les mots parfois je les aperçois. Derrière ma première capsule, un portrait de famille. A la trame, une transmission. Les méandres de mon écriture nourrissent leur origine dans ce que j’ai de plus intime. Un arbre généalogique. (H)être et toujours ressentir.

.

L’évocation de son prénom me rappelle les douceurs de l’enfance insouciante et le jardin ouvert sur l’immense pommier fleuri. J’ai chéri mon quotidien chez elle et les parenthèses enchantées du retour de l’école. Le café sucré, l’écrasée de fraises sur les mouillettes de pain beurré et les bonbons acidulés.
Elle était à mes yeux la douceur vintage exprimée en une femme ordinaire et menue. Elle appréciait les effluves coquettes du parfum Paris dont elle aspergeait ses boucles mi-terre mi-lune. Ses lunettes fumées, le tic tac de son coeur recousu, ses siestes interminables, sa voix cristalline, « Dansons la capucine », mes souvenirs restent précis autant que l’écriture fine sur la grille de ses mots fléchés. Fétiches.
De sa jeunesse je ne sais grand chose. Elle a probablement été mère très tôt, éduquée à la tache du foyer et de l’attente. Elle me l’a inculquée d’ailleurs, sa patience et le silence aussi, elle qui parlait plus volontiers aux anges.
Elle n’était pas sa priorité. Oh non. “3 sous et une soupe”. C’était sa manière à elle de montrer aux autres combien elle les aimait et comme elle pouvait se faire discrète. Elle semblait résister aux tempêtes de l’âme et aux désordres de sa vie. Si bien que nous n’avons pas vu sa mémoire s’effriter, épuisée d’avoir valsé et haleté. La nuit noire en pleine après-midi. Le voile sur les visages et les rires familiers. Au loin son amour de jeunesse, Gaby aux yeux myosotis.
Elle est partie au début d’un été, chaud et moite comme ses baisers. 

Suzanne. Ma grand-mère. 

Nous nous sommes à peine quittées en vérité. Je ne savais pas alors qu’entre nous le fil d’or jamais ne se romprait et qu’un simple baiser de lumière parviendrait à nous relier. “Ma fille, ce qui importe dans ce monde, c’est l’ivresse d’aimer. Jamais ne te lasse du renouvellement des perles de rosée sur l’herbe rincée.” viendrait-elle quelques années plus tard me murmurer.


C’est peut-être l’héritage le plus cher qui me vient de ma grand-mère. Son Grand livre vert. Une couverture en tissu malmenée, des pages nombre de fois tournées, rognées et pliées par l’impatience d’une nuit à installer. Le livre des fées. A croire que c’était prédestiné. Moi qui ai étudié les contes. Au propre et au figuré.

Ce livre est incomplet. Comme ma mémoire infantile. Rafistolé. Comme sa vie de femme en miettes d’avoir trop donné. Il sent l’humus de nos racines et le papier renfermé. Comme une fin de vie. Mais retourner en lui me fait l’effet dès la première page d’une reconnexion à l’âme. Cérémonial et magie ancestrale. Parmi les lignes, le récit des vies et le pouvoir de la catharsis. A la lecture, l’écho de la voix de Suzanne et moi dans ce matelas trop grand pour moi.

 

 

Il était une fois une toute petite fille, mignonne et gracieuse. Elle n’était pas plus haute qu’un pouce, et, pour cette raison, on l’appelait Poucette. Elle reçut pour berceau une coque de noix bien vernie ; pour matelas des feuilles de violette ; et pour couverture une feuille de rose. Elle y dormait pendant la nuit ; mais le jour elle jouait sur la table, où la femme plaçait une assiette remplie d’eau entourée d’une guirlande de fleurs. Dans cette assiette nageait une grande feuille de tulipe sur laquelle la petite Poucette pouvait s’asseoir et voguer d’un bord à l’autre, à l’aide de deux crins blancs de cheval qui lui servaient de rames. C.H. Andersen

 

Je me laisse porter par l’histoire de Poucette et je saisis avec mes yeux d’enfant ce qui un jour ferait sens pour moi : la douceur des mots et le subtil, l’accomplissement d’une vie au-delà des obstacles, l’appel des rayons du soleil et le symbole de l’hirondelle toujours au-dessus de moi. Ma grand-mère le savait déjà.

 

 

Je m’abandonne toute entière dans le Grand livre vert et je perçois que de lui vient cet amour pour la poussière d’or et les écrins organiques. Pour le clair-obscur et la nostalgie. Pour l’infiniment poétique et onirique.

 

Mes objets pour vous sortiront de ces contes de fées ravivés. Des choux, des hirondelles, des noix, des fleurs, des feuilles, des nappes à carreaux, des théières, des couleurs chaudes et mordorées. Je vous mène là où vibrent mes souvenirs illustrés et racontés.
Il suffit d’y pénétrer comme en songe. En habit de nuit et sur la pointe des pieds frigorifiés.
Vous me suivez ?

 

 

PETITE NOTE : J’ai cherché un endroit préservé des regards trop esthétiques pour accueillir ma première ambiance et mon premier shooting photo. Une demeure comme celles qui surgissent aux tréfonds d’une forêt de contes de fées. Nul doute que vous comprendrez pourquoi l’aura du Château de Martigny à Colmey m’a conquise. Ce lieu respire la beauté du coeur et la douce hospitalité. Je remercie Valérie De Chevigny et sa famille, les premiers compagnons de mes rêves de boutique en ligne.

 

* murmure de Belleginette

L’effet boule de mer

Effet Bpule de mer

L'EFFET BOULE DE MER

Mer = mar (PT)

« Ce n’est pas la mer à boire dit-elle. Moi, j’ai compris l’amer. Elle leva les yeux au ciel. Celui-ci s’assombrit.
J’ai toujours su que j’étais de métaphores et d’eau contenue. Peut-on porter la mer et ses dérives en soi ? Je crois. »

Depuis petite les mots me parlent deux fois. Arrivent par là et puis par en deçà. C’est probable, à la langue française, je dois dans une autre vie avoir fait des vœux pieux.

Voeux. 2022.  𝚅𝚒𝚗𝚝 le 2  ! Vin ? Tanin. Fromage, comptoir, inventaire, salaire, misère. Trop simple. Reprendre à vin et pain, (en) miettes, le cœur, sur la nappe, de lin,  déjeuner, à même l’herbe, mouillée, vert, céladon, mousse. Haillon. Vent, ventolin, respire, encore dit Clara, sueur, mèche, cheveu, sel, iodé, médusé, oursin, peau, hâlée, marée. Vague. Comme un pli dans l’eau, de vie. Rires, éclats, à l’âme, bobo, allô, l’écho, au loin. La mer. Ses ressacs et l’amertume de n’y être pas. Houle, sentimentale.
Et, à l’instant d’écrire ces mots, le retour à la case départ. A, la lettre, nue, sans une plume. Encre, bon sang, ancre, amarrage, port. Portugal. Por aqui (par ici) ou par là, …

 

C’est toujours l’effet boule de mer en moi.
Allez savoir pourquoi mon esprit est fait comme ça !

Luz 2022

Luz

Luz

 

Lumière = Luz (PT)

 

On se l’accordera, ce ne fut pas 𝙽𝚘𝚎̈𝚕 tous les jours cette année.
Désillusions. Abandons. Ébullitions. Agitations.
On lui laissera
A 2021
Le reste des déceptions.
Année chagrin.
𝙿𝚘𝚒𝚗𝚝.
Mais suffit une 𝚕𝚞𝚖𝚒𝚎̀𝚛𝚎 particulière de décembre
A mi-teinte entre la joie retenue et l’effervescence
Pour faire surgir
Le 𝚋𝚘𝚗
Côté des choses et des véritables relations.
Parenthèse. Trêve. Temps d’arrêt.
Faudrait-il s’en priver ?
Que non !
S’en gaver
S’en recharger et briller.
Joyeuse entrée dans la période
Des lumières.
Que la magie sur nous tous opère.

Propositions des fêtes 2021

Propostions des Fêtes 2021

Propositions des fêtes 2021

Cette année, aux fêtes, on se (re) met en boîte pour vous !

Découvrez ici mes boîtes apéritives, boîte à fromages ou à bruncher ainsi que mes suggestions complémentaires.

Ce pdf peut vous servir de bon de commande. Complétez-le avec vos souhaits et envoyez-le  à l’adresse suivante info@chezlafilleduboucher.be.

Je me ferai un plaisir de revenir vers vous pour finaliser votre commande.

Até breve ! 

Delphine

Viver de amor e saudade

Viver de amor e saudade

Viver de amor e saudade

 

 

Maman, faz favor*, dessine-moi la saudade …

 

 

Comment t’esquisser les traits d’un mot que difficilement tu prononceras mais qui pourtant, dès sa première syllabe, en mer d’Atlantique t’embarquera. Comment résumer la richesse d’un mot qui jamais n’a trouvé de correspondance ici-bas ? 

 

 

Maman, dis-moi alors, comment vit-on d’amour et de saudade  ? 

 

 

***

 

 

D’effluves d’eucalyptus en brumes salines, va filha et cherche-la. A la lueur d’un soleil qui flirte sur ta paupière, à la magie d’une dentelle noire ou d’un foulard de Viana, à l’ombre du parasol rayé, sur les pola de nos étés, au creux d’une mélodie qui sent la bougie et l’encens des églises, dans la finesse des bijoux ancestraux, au pied de notre olivier sacré ou dans les larmes amères d’un fado oublié. Scrute-la dans les yeux noyés de noir de ton grand-père, dans la rêverie des murs de pierre, dans le bleu des façades chargées d’histoire et de carrelages, dans l’espoir qu’après la dictature les monstres d’hier ne passeront plus.

 

Devine-la dans la fierté des immigrés, dans le souvenir de  ceux qui pour toi les frontières clandestinement ont traversées, à l’horizon de l’océan et dans l’attente du pourvu qu’ils en reviennent vivants, à l’évocation de Manel, Goretti, Joao et notre compagnie, dans mes humeurs mi tristes-mi figues, à même la chair d’un raisin juteux, à la rugosité de la terracotta et à ces grains de sable sous tes doigts.  

 

Hume-la dans l’odeur des marées ou dans celle barbouillée de fumée et de la transpiration des ouvriers. Apprécie-la dans la gourmandise du café com nata pris au coin du bar, à moins que l’écume de la mer dans ta bouche tu ne préfèreras. Découvre-la lorsque la foi et la miséricorde s’éveilleront en toi, reliquats des vies passées à travailler dans les gravats. Ou quand sur tes prunelles mélancoliques on s’interrogera et que farouchement tu répondras. Mon héritage. C’est comme ça. 

 

 

 

La saudade, ma douce, ma Zazie, c’est ce qui est en toi depuis bien plus longtemps que moi. La trace indélébile qui fait de toi une fille de là-bas. Ne l’oublie pas, égrène-la jusqu’au plus petit bout de toi.

Cheira bem cheira saudade**.  

 

 

Maman

 

 

 

*stp

**ça sent bon, ça sent la saudade

Andorinha

Andorinha

ANDORINHA

J’ai un rapport particulier aux hirondelles. Peut-être parce qu’elles me rappellent celle qui là-haut veille sur mes heures et bonheurs.  Peut-être parce qu’à leur simple vue s’ouvre en moi la porte qui remue l’âme. 

(Ré)écriture d’un texte de l’été 2020.

  

 

 

Je vous parle d’elle et, en réel, je ne la connais pas. Si aucun souvenir n’effleure ma mémoire, je sais pourtant presque tout d’elle. L’essentiel. On dit que mon regard a rencontré le sien. Intensément brun. Sa peau rêche et burinée par le soleil brûlant sent la sueur, le pain de maïs et le lait de brebis. Elle a le timbre chuintant et vif du nord du pays. Elle aime chanter Marie à vous sortir des larmes pudiques de petite fille. Couleur perle de mer. C’est que la mélancolie et la dureté de la vie lui servent d’amies. Ses mains sont faites pour remuer la terre battue et s’accrocher aux pans de ses tabliers de poussière et de coton dru. Une vie terracotta. Elle vit. Dans son ombre, un oiseau. Noir. Comme cette mèche imaginaire et rebelle qu’elle ne cesse de ramener à son chignon bas. Elle est femme, mère et ouvrière, donnée à sa terre et à ceux de sa chair. Tellement qu’elle en néglige la sienne et consumme la flamme de sa vie prématurément et injustement. Má sorte*. Je porte son prénom. En amulette, comme pour traverser les âges qu’elle n’a pas eus. 

Je l’ai rencontrée en rêve cet été. Un battement d’ailes sur ma joue. Ma grand-mère du ciel, « ma grand-mère à deux ailes ».  

 

On dit que les oiseaux ne meurent jamais. Ou alors par accident. Si les oiseaux se transmettent de génération en génération,  le mien me vient sans aucun doute d’elle. C’est une hirondelle. 

Francelina, mon andorinha**.

 

sur une idée murmurée de Valérie Perrin

 

* malchance 

** hirondelle

Sensibilité

Sensibilité

Sensibilité

Depuis l’enfance je fronce les yeux. Comme pour détourer les choses qui devant moi se posent. Flous et brisures de lumière m’apparaissent dès le lever du jour. “Pourquoi le Bon Dieu sur mon berceau, la myopie a-t-il laissée en cadeau ?”

 

Je ne vous parle pas ici de coquetterie mais d’une forte contrariété à assumer, le mot handicap je n’oserais employer. C’est au travers de lentilles qu’il me faut apprécier quotidiennement la subtilité et l’esthétique de ce qui m’entoure. Sans cela je vivrais dans un monde sans contact, couvert d’ombres ou couleur boue.


La vie, je la stocke derrière ma rétine beuillée. Des formes sans angle pour ne pas m’y heurter, des couleurs non saturées, des paysages floutés mais libres de s’y évader. Je m’y suis malgré moi habituée. 

 

A vrai dire, je ne suis pas très douée pour vivre les choses à la lumière du grand jour. Celle-ci trop forte m’incommode et provoque en moi le retranchement. Mais je sais écouter les voix, lire les mots sur les bords des lèvres et de l’âme,  et tressaillir au toucher. Mes autres sens, j’ai appris à les aiguiser et  même si je ne peux rapprocher votre visage du mien pour mieux l’apercevoir, je sais en déceler les nuages de l’orage. Et c’est qu’il en passe des tas depuis des mois. Je suis comme cela imprégnée des émotions et de vos passages. Les sensations triées, les informations engrangées, les larmes salines retenues ou évacuées, toute ma mémoire affective est à fleur de peau plus que de cornée. 

   

Si le Bon Dieu m’a fait don de la myopie ce ne peut être que pour la noirceur des hommes m’épargner et mes rêves préserver.  Une invitation à mettre le monde à distance, à ne garder que l’essentiel, ce qui passe par le coeur. Une incantation à oser vivre tout très fort et très intimement.  A me sentir et me déclarer sensible, hyper même. Il ne peut en être autrement … à l’écrire je viens de le comprendre.  

Florilège et lexique em português

FLORILEGE ET LEXIQUE EM PORTUGUÊS

A MALETA

Trad. : la  valise (en carton)

 

Tout a commencé avec elle.
Pour le peu que je m’en souvienne.

En tous les cas, depuis et, ce, malgré elle,
On nous nomme De Sousa, Dos Santos, Carlos, Portos, tous pareils
Mon père, Rodolfo, Josefo, Alfonso, Roberto, cousin d’Enrico (le Macias) ou de Julio (l’Iglesias) même pas nés à Porto.

On s’imagine
Que les femmes de la famille ont été créées pour frotter, chanter, soupirer et les hommes pour trueller.
Que la misère grave est tombée sur nos vieux comme la cerise dans l’aguardiente trop macérée
Et que notre héritage, semblable à ce mélodrame des années 80’, n’en finit pas.

Merci Linda !
C’est un beau “bourdel” que tu nous as mis là !

AS PORTUGUESAS 

Trad. : les filles (de là-bas)

 

Elles ont dit-on

Le sang mêlé de terre et d’embruns
La gorge déployée et le verbe fort
Le regard charbon et le nez aussi haut que leur chignon
L’or au bout des oreilles plutôt qu’en petite monnaie
La sueur collée à l’âme et le cœur sur les mains
La prière, Marie et tous les saints au bout du chapelet
Les grands-parents sous le toît
Et le reste de la casa sous le bras !

Les filles de là-bas ont ce jenesaisquoi de farouche et de malhabile. C’est qu’aux côtés des hommes elles n’ont rien à envier et pas une larme à verser.
Elles ont peut-être la pudeur de leur mère en héritage mais le caractère des vagues pour dompter leur destinée. Mes sœurs au teint halé et aux baisers salés.

Ps en aparté : si à la lecture de tout cela une portugaise tu comptes draguer, un petit conseil … le mot 𝚋𝚒𝚐𝚘𝚍𝚎 (𝚃𝚛𝚊𝚍. : 𝚖𝚘𝚞𝚜𝚝𝚊𝚌𝚑𝚎) de ton lexique tu épargneras. Je t’aurai avisé ma foi –

O TALHO 

Trad. : la boucherie

 

O talhante : 𝚕𝚎 𝚋𝚘𝚞𝚌𝚑𝚎𝚛 (𝚕𝚎 “𝚙𝚊𝚍𝚛𝚎“ / 𝚘 𝚙𝚊𝚒)

A mulher do talhante : 𝚕𝚊 𝚏𝚎𝚖𝚖𝚎 𝚍𝚞 𝚋𝚘𝚞𝚌𝚑𝚎𝚛 

A filha do talhante : 𝚕𝚊 𝚏𝚒𝚕𝚕𝚎 𝚍𝚞 𝚋𝚘𝚞𝚌𝚑𝚎𝚛 (𝚖𝚘𝚒)

A mãe da filha do talhante : 𝚕𝚊 𝚖𝚎̀𝚛𝚎 𝚍𝚎 𝚕𝚊 𝚏𝚒𝚕𝚕𝚎 𝚍𝚞 𝚋𝚘𝚞𝚌𝚑𝚎𝚛

Tal mãe tal filha : 𝚓𝚎 𝚖’𝚎́𝚐𝚊𝚛𝚎 !

Filha da (tua) mãe : 𝚓𝚞𝚛𝚘𝚗 𝚌𝚎́𝚕𝚎̀𝚋𝚛𝚎 (𝚑𝚢𝚙𝚎𝚛 𝚛𝚎́𝚙𝚊𝚗𝚍𝚞 𝚎𝚗 𝚝𝚎𝚖𝚙𝚜 𝚍𝚎 « 𝚌𝚘𝚟𝚒𝚍 𝚍𝚊 𝚝𝚞𝚊 𝚖𝚊̃𝚎 »)

VAMOS A PRAIA 

Trad. : Allez viens, on se tire à la plage

 

On va voir …

La mer : o mar
Les moules : mexilhões
Les poulpes : polvo et Polo 
Le gang des sardines : sardinhas
Les morues : bacalhau et co
Les baleines : baleias
Aldo, Pamela, Arielle la sirène,
… mon père, ma mère, mes frères et mes soeurs #hoho #ceseraitlebonheur

ps entre nous (et seulement parce que je vous vois venir) : en langage argotique du nord du pays, une morue = parva

 

DEUS

Trad. : le bon Dieu (marche aussi avec Jésus cela dit)

 

Céus : ciel ! (crottin, flûte, zut !)

Bom Domingo : jour du Seigneur

Jesus Cristo : bon Dieu de … (crotte !à

Santo Deus : doux Jésus ! (oh!)

Meu Deus ou Deus meu : oh oh ! bis

Santa Maria : Sainte Marie (please, help, ajuda !)

Santa Maria Mae de Deus : Sainte Marie mère de Dieu (exclamation ! suffocation !)

Maria Santissima : pour les demandes urgentissimes, les véritables quoi ! (socorro !) 

 

Palabras

(PT) Palabras = petits mots

Préambule

On sait de moi que mes racines plongent dans l’Atlantique, en territoire lusitanien mais aussi en terre gaumaise, à la frontière entre Saint-Mard la frondeuse et Virton la disciplinée. D’aucuns diront que j’ai les yeux chargés de saudade et des cernes qui ne peuvent mentir la houle de mon caractère. On me prête à la fois tendresse et froideur, je dirais pudeur, plutôt et retenue aussi. Je suis surtout de celles qu’un mot ravit et que le frôlement d’une mélodie suffit à faire frémir plutôt que de celles qui abusent d’artifice.

Alors, par ici, je vous déposerai les mots et les phrases qu’il me plaît d’amarrer à ma tête. Ces envies d’authenticité et d’explorer la relation qui nous lie. Par ici, je franchirai le pas, outre-boutique, qui me mène de vous à moi.

C’est décidé, aujourd’hui est le premier pressentiment de ce que je vais demander à la vie.  La promesse de qui je suis.

Je reste là, au soleil, le coeur apaisé, en regardant les choses et les hommes d’un oeil amical et je sais que la vie vaut la peine d’être vécue, que le bonheur est accessible, qu’il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce que l’on aime dans un abandon total de soi. La promesse de l’aube.

Services et Produits

Services et produits

Plaisirs pour les yeux  et pour la bouche

Mes produits s’invitent en boutique au rythme des productions et des commandes raisonnées. Issus de la noblesse et de la fertilité de la terre du nord de l’Atlantique ou de la terre du « milieu », ils  évoquent  le travail traditionnel et passionné. Chez la fille du boucher point de service en ligne mais des mains à même la matière et surtout des bras ouverts.  Je mise sur la relation de proximité et la sélection d’articles personnalisée.

Comme  un élément indispensable au bien manger, l’esthétique est aussi une affinité qu’il me plaît de toujours rechercher. C’est ainsi, je craque devant l’emballé et l’enrobé !  La beauté me fait l’effet d’une ondée chaude à fleur de la  peau ou d’un verre de bulles improvisé à la table du déjeuner. Convaincue qu’à elle seule la beauté peut zapper la morosité et nourrir autant que le goût, je vous offre mes découvertes pour les yeux et pour la bouche.

J’ose le dire, j’ai le goût du merveilleux. Comme un reste d’enfance. Il n’y a pas de création sans cela, ni de joie à entretenir sans cela.

L’histoire

L'histoire

Le boucher et sa fille

Mon père est arrivé du Portugal, l’œillet à la chemise et dans son cœur un projet de vie pour se sentir responsable de ceux qui vont suivre.

Mon père est boucher. Lui, cela fait bien longtemps qu’il a trouvé le verbe de sa vie. Un métier-revanche sur cette étiquette d’imigrante. Un métier qui lui permet d’habiter le temps au lieu de courir après des épisodes de jeunesse avortée.  Un métier qui rectifie comme il le peut les incohérences des temps modernes en mettant les offrandes de la terre entre nos mains et les dons du ciel entre nos dents.

Aux côtés de mon père, j’ai appris à devenir plus heureuse et moins cramponnée à des objets inutiles. « C’est facile dès lors que tu acceptes ce que l’on te prête pour une vie ». C’est lui aussi qui m’a soufflé que tout n’est que mouvements et surprises, obstacles et réactions créatives.

A le regarder, j’ai troqué  l’habit de directrice contre un tablier fait de lin dru et de sueur. Sans l’imaginer vraiment je me rapprochai des mes sœurs de sang, au teint halé et aux baisers salés. Ces filles portugaises attachées à leur terre et à leurs pairs, à la mer et à la Vierge. J’ai osé déjouer le « tout traçé » et revenir vers elles, mes origines. Là où poussent les racines et la vigne.

J’ai déposé mes outils de travail et mes premiers cartons dans un coin de la boutique à papa pour ouvrir l’épicerie de mes rêves d’enfant. J’y ai rassemblé des étals aux couleurs de mon cœur  et  de cette lumière du Sud qui me fait tant vibrer. Chez la fille du boucher est né(e) et le métier d’épicière j’ai commencé, avec vous, à appréhender.