A l’encre

A l'encre

Elle aimait inventer des mots.

Elle buvar๐šait.

๐™ดฬ๐šŒ๐š›๐š’๐š›๐šŽ ๐š’๐š—๐š๐šŽ๐š–๐š™๐šŽ๐šœ๐š๐š’๐šŸ๐šŽ๐š–๐šŽ๐š—๐š ๐šŠฬ€ ๐šœ๐šŽ ๐š—๐š˜๐šข๐šŽ๐š› ๐š๐šŠ๐š—๐šœ ๐š•โ€™๐šŽ๐š—๐šŒ๐š›๐šŽย 

Elle utilisait le stylo comme dโ€™autres usaient de leur bouche.

Le fond de la classe รฉtait son repรจre,ย 

Lโ€™observation son plaisir inavouรฉ et les taches sur les doigts sa honte maquillรฉe.ย 

Elle bavassait en silence

Et ne savait pas quโ€™il sโ€™agissait dโ€™un don en rรฉalitรฉ.

[…]

Elle ne finissait jamais ses phrases comme sโ€™il fallait รฉconomiser les mots.

Cette manie en agaรงait plus dโ€™un qui ne vibrait pas au mรชme tempo.

Elle butait sur les fins

Pour retenir un souffle, une idรฉe

Un autre monde dรฉjร  et, de lโ€™autre cรดtรฉ,ย 

Les autres hรฉbรฉtรฉs.

Ses dialogues รฉcourtรฉs nโ€™รฉtaient que le calque dโ€™une pensรฉe agitรฉe et rรฉservรฉe.

Hyper, sa sensibilitรฉ.

[…]

Elle dรฉtestait le bruit.

Seul le froissement du papier kraft lui รฉtait tolรฉrance, rassurance et familiaritรฉ.

Elle nourrissait pour le trop plein de sons et la cacophonie ambiante presquโ€™une aversion.

Pourquoi fallait-il hausser et glousser

Pour toujours se rรฉaliser ?

Seuls les modestes et les en-retrait pouvaient la comprendre.

Cโ€™est du moins ce quโ€™elle espรฉrait

A mots feutrรฉs.

[…]

Elle hรฉsitaitย 

Entre la joie et la monochromie.ย 

Contrรดler les couleursย et fuirย  les regards appuyรฉs

Ne pas faire de bruit, taire les excรจs de folie

Pour elle, c’รฉtait facile.

Elle ne laissait personne imaginer tous ses รฉtats intimesย 

Ni ouvrir son carnet de croquis.

Les autres,ย 

Plutรดt qu’elle.

Elle prรฉfรฉrait.

Ca la protรฉgeait.ย 

Un jour,ย 

Beaucoup plus tard, elle dรฉciderait

Elle oserait,

Laisser sur elle couler lโ€™encrier.ย 

[…]

ย 

“Buvard”, “Calque”, “Kraft” et “Couleurs”ย  sont les noms donnรฉs aux รฉmauxย  de la collection Studio de Jars Cรฉramistes. En รฉdition limitรฉe sur La Loja.

Canicule

canicule

LIGNESย 

๐‘…๐‘Ž๐‘š๐‘’๐‘›๐‘’๐‘ง-๐‘š๐‘œ๐‘– ๐‘Žฬ€ ๐‘™โ€™๐‘’ฬ๐‘ก๐‘’ฬ ๐‘‘๐‘’ ๐‘š๐‘’๐‘  ๐‘๐‘Ž๐‘Ÿ๐‘’๐‘›๐‘ก๐‘ ๏ผŽ

Sur cette plage oรน nous passions nos journรฉes ร  nous gaver dโ€™iode et de crรจmes glacรฉes. Dans la cabane de tissu lignรฉ. Sur les nattes de corde et dans la mer gelรฉe.

Le mois de juillet avait lโ€™odeur de lโ€™huile de coco, du sel et des algues. Nous avions nos rituels, au rythme des marรฉes, les sacs remplis de nos occupations et de petits pains fourrรฉs.
Les plus intrรฉpides dโ€™entre nous combattaient les vagues fรขchรฉes. Les autres laissaient le soleil les caresser. Nos vieux nous fuyaient, ร  eux les longues balades. Lโ€™รฉtendue dorรฉe et la paix royale … ร  nous. En rรฉalitรฉ.

Je me noyais dans les lectures, le bruit de lโ€™ocรฉan qui roule et les cris des enfants-mouettes en bande sonore. Je cessais dโ€™รชtre pour rรชver. A moins que lโ€™inverse ce nโ€™รฉtait. Je faisais des duels avec le soleil, le regarder droit dans les yeux et ne pas dรฉtourner. Le visage tannรฉ. Je me laissais bercer par lโ€™intensitรฉ de la lumiรจre fleurtant ร  la surface de lโ€™eau. Droite comme une ligne, comme un cล“ur qui a cessรฉ de se laisser torturer.

๐‘…๐‘Ž๐‘š๐‘’๐‘›๐‘’๐‘ง-๐‘š๐‘œ๐‘– ๐‘Žฬ€ ๐‘™โ€™๐‘’ฬ๐‘ก๐‘’ฬ ๐‘‘๐‘’ ๐‘š๐‘’๐‘  ๐‘๐‘Ž๐‘Ÿ๐‘’๐‘›๐‘ก๐‘ ๏ผŽ ๐ด๐‘ข ๐‘๐‘œ๐‘Ÿ๐‘‘ ๐‘‘๐‘’ ๐‘™โ€™๐ด๐‘ก๐‘™๐‘Ž๐‘›๐‘ก๐‘–๐‘ž๐‘ข๐‘’๏ผŒ ๐‘›๐‘œ๐‘ข๐‘  ๐‘๐‘Ÿ๐‘œ๐‘›๐‘ง๐‘’ฬ๐‘  ๐‘’๐‘ก ๐‘›๐‘œ๐‘  ๐‘’๐‘ ๐‘๐‘Ÿ๐‘–๐‘ก๐‘  ๐‘™๐‘’ฬ๐‘”๐‘’๐‘Ÿ๐‘ ๏ผŽ

BRร›LURESย 

โ€œ๐‘ƒ๐‘Ÿ๐‘’๐‘›๐‘‘๐‘  ๐‘š๐‘Ž ๐‘—๐‘œ๐‘ข๐‘’โ€œ๏ผŽ
๐ฝโ€™๐‘ฆ ๐‘Ž๐‘– ๐‘’๐‘›๐‘“๐‘œ๐‘ข๐‘– ๐‘™๐‘’ ๐‘›๐‘’๐‘ง ๐‘’๐‘ก ๐‘ ๐‘ข๐‘–๐‘  ๐‘‘๐‘’๐‘ ๐‘๐‘’๐‘›๐‘‘๐‘ข๐‘’ ๐‘—๐‘ข๐‘ ๐‘ž๐‘ขโ€™๐‘Ž๐‘ข ๐‘๐‘œ๐‘ข
๐ผ๐‘™ ๐‘Ž ๐‘™๐‘Ž ๐‘๐‘’๐‘Ž๐‘ข ๐‘๐‘œ๐‘ข๐‘™๐‘’๐‘ข๐‘Ÿ ๐‘‘๐‘œ๐‘Ÿ๐‘’ฬ๐‘’๏ผŽ ๐ฟ๐‘Ž ๐‘ ๐‘Ž๐‘ฃ๐‘’๐‘ข๐‘Ÿ ๐‘‘๐‘ข ๐‘™๐‘Ž๐‘–๐‘ก ๐‘ ๐‘ข๐‘๐‘Ÿ๐‘’ฬ
๐ธ๐‘ก ๐‘ž๐‘ข๐‘’๐‘™๐‘ž๐‘ข๐‘’๐‘  ๐‘”๐‘Ÿ๐‘Ž๐‘–๐‘›๐‘  ๐‘‘๐‘’ ๐‘ ๐‘Ž๐‘๐‘™๐‘’ ๐‘’ฬ๐‘”๐‘Ž๐‘Ÿ๐‘’ฬ๐‘ .

โ€œ๐‘…๐‘’๐‘ ๐‘๐‘–๐‘Ÿ๐‘’๏ผŒ ๐‘ก๐‘Ÿ๐‘Ž๐‘›๐‘ ๐‘๐‘–๐‘Ÿ๐‘’.
๐‘…๐‘–๐‘  ๐‘Žฬ€ ๐‘›๐‘’ ๐‘๐‘Ž๐‘  ๐‘กโ€™๐‘’๐‘› ๐‘๐‘Ÿ๐‘–๐‘’๐‘Ÿ.
๐‘‡๐‘Ž ๐‘š๐‘’ฬ๐‘š๐‘œ๐‘–๐‘Ÿ๐‘’ ๐‘Ÿ๐‘’๐‘โ„Ž๐‘Ž๐‘Ÿ๐‘”๐‘’๐‘Ÿ๐‘Ž ๐‘๐‘’๐‘™๐‘Ž ๐‘ž๐‘ข๐‘Ž๐‘›๐‘‘ ๐‘’๐‘› ๐‘™๐‘Ž๐‘Ÿ๐‘š๐‘’๐‘  ๐‘ก๐‘ข ๐‘ ๐‘’๐‘Ÿ๐‘Ž๐‘ โ€œ.

Jโ€™ai brรปlรฉ ses lettres, ma peau
Et mes ailes ร  espรฉrer
Jโ€™ai soufflรฉ sur les braises de lโ€™รฉtรฉ
Je sais pourtant bien quโ€™il nโ€™est pas fait pour durer.

ร‰CLABOUSSURESย 

Sur le mur
Les doutes, les ombres
Mes รฉclats
Blessures

CHAU(D)X

Elle m’a dit “attrape-moi la main”

Un oiseau ร  5 plumes de loin

Elle m’a dit “cours aussi vite que moi”

Elle a les jambes longues commes des feuilles de palmier

Dans les rues nous avons jouรฉ

Moi petite et mon ombre

A mรชme la chaux de mes souvenirs

D’รฉtรฉ

De sable et d’eau

de sable et d'eau

DE SABLE ET Dโ€™EAU โ€ข

๐ฟโ€™๐‘’ฬ๐‘๐‘Ÿ๐‘–๐‘ก๐‘ข๐‘Ÿ๐‘’ ๐‘’๐‘ ๐‘ก ๐‘™๐‘’๐‘›๐‘ก๐‘’ ๐‘๐‘œ๐‘š๐‘š๐‘’ ๐‘Ž๐‘›๐‘’๐‘ ๐‘กโ„Ž๐‘’ฬ๐‘ ๐‘–๐‘’ฬ๐‘’ ๐‘๐‘Ž๐‘Ÿ ๐‘๐‘’๐‘ก ๐‘’ฬ๐‘ก๐‘’ฬ ๐‘ž๐‘ข๐‘– ๐‘›๐‘’ ๐‘๐‘’๐‘ ๐‘ ๐‘’ ๐‘‘๐‘’ ๐‘ โ€™๐‘’๐‘š๐‘๐‘Ÿ๐‘Ž๐‘ ๐‘’๐‘Ÿ๏ผŽ ๐ฝโ€™๐‘Ž๐‘–๐‘š๐‘’๐‘Ÿ๐‘Ž๐‘–๐‘  ๐‘๐‘œ๐‘ข๐‘ฃ๐‘œ๐‘–๐‘Ÿ ๐‘™๐‘Ž๐‘ฃ๐‘’๐‘Ÿ ๐‘š๐‘’๐‘  ๐‘๐‘’๐‘›๐‘ ๐‘’ฬ๐‘’๐‘  ๐‘Žฬ€ ๐‘™๐‘Ž ๐‘™๐‘–๐‘š๐‘๐‘–๐‘‘๐‘–๐‘ก๐‘’ฬ๏ผŽ ๐ฟ๐‘’๐‘  ๐‘Ÿ๐‘’๐‘“๐‘Ÿ๐‘œ๐‘–๐‘‘๐‘–๐‘Ÿ๏ผŽ ๐‘†๐‘’ ๐‘Ÿ๐‘’๐‘ ๐‘ ๐‘Ž๐‘–๐‘ ๐‘–๐‘Ÿ๏ผŽ

Je suis nรฉe un jour de canicule. Juin โ€™76.

Je suis une apprentie solaire. A toujours tenter dโ€™รฉquilibrer une vie gorgรฉe dโ€™รฉclats de lumiรจre et dโ€™ombres projetรฉes sur la chaux. A danser sous les gouttes dโ€™eau ou poser les pieds nus sur le sol qui brรปle. Avec lui mes idรฉes de sabotage et dโ€™รฉchouage. A laisser lโ€™ocรฉan dรฉteindre sur moi et porter lโ€™infini de ses bleus. Dans les vagues ร  lโ€™รขme se jeter. Et ne jamais se laisser chavirer. Revenir ร  la plage de mes projets comme une bouteille lancรฉe ร  la mer.

Ma destinรฉe est placรฉe sous le signe de la dualitรฉ. Cela fait longtemps que je le sais. Intimement que je le ressens. Sรฉcheresse et appel du soleil, soif et fluiditรฉ, foyer et horizon, impatience et somnolence, envies et repli. Mais n’est-elle pas comme รงa la vie tout court, ร  modeler le sable et lโ€™eau pour construire des chรขteaux ? Nโ€™est-on pas ainsi fait des dรฉsirs ardents de la terre et des larmes du ciel ?

๐ฟโ€™๐‘’ฬ๐‘๐‘Ÿ๐‘–๐‘ก๐‘ข๐‘Ÿ๐‘’ ๐‘’๐‘ ๐‘ก ๐‘‘๐‘–๐‘“๐‘“๐‘–๐‘๐‘–๐‘™๐‘’ ๐‘ ๐‘œ๐‘ข๐‘  ๐‘™๐‘’๐‘  ๐‘“๐‘’๐‘ข๐‘ฅ ๐‘‘๐‘ข ๐‘š๐‘œ๐‘–๐‘  ๐‘‘โ€™๐‘Ž๐‘œ๐‘ขฬ‚๐‘ก๏ผŽ ๐ธ๐‘™๐‘™๐‘’ ๐‘š๐‘’ ๐‘“๐‘Ž๐‘–๐‘ก ๐‘‘๐‘’๐‘  ๐‘Ÿ๐‘–๐‘‘๐‘’๐‘  ๐‘Ž๐‘ข ๐‘๐‘œ๐‘–๐‘› ๐‘‘๐‘’๐‘  ๐‘ฆ๐‘’๐‘ข๐‘ฅ ๐‘’๐‘ก ๐‘‘๐‘’๐‘  ๐‘๐‘’๐‘Ÿ๐‘™๐‘’๐‘  ๐‘ ๐‘ข๐‘Ÿ ๐‘™๐‘’๐‘  ๐‘—๐‘œ๐‘ข๐‘’๐‘ ๏ผŽ ๐ฝ๐‘’ ๐‘๐‘’๐‘›๐‘ ๐‘’ ๐‘Ž๐‘ข ๐‘‘๐‘’ฬ๐‘๐‘ข๐‘ก ๐‘‘๐‘’ ๐‘ก๐‘œ๐‘ข๐‘ก๏ผŽ ๐ธ๐‘ก ๐‘Ÿ๐‘’๐‘๐‘œ๐‘š๐‘š๐‘’๐‘›๐‘๐‘’๐‘Ÿ.

A la table d’Anna

A la table d'anna

Elle nโ€™a pas dโ€™รขge, Anna. Le film sโ€™est arrรชtรฉ au printemps de ma vie et ร  hauteur de ses jupons aux improbables imprimรฉs. Filtre surannรฉ.

Anna a les boucles immaculรฉes. Comme des petits nuages dโ€™ouate sur sa tรชte quโ€™elle promรจne tout le temps avec elle. Elle les a chopรฉs ร  son mari, lโ€™arriรจre grand-pรจre. Ca ne mโ€™รฉtonne d’ailleurs pas dโ€™elle. Sur son visage, un sourire et des yeux pincรฉs qui laissent deviner lโ€™enfant espiรจgle quโ€™elle nโ€™a jamais quittรฉe. Elle a trois rรฉpliques dโ€™elle Anna. Mimi, Nรฉnette et Suzanne, ses filles chรฉries. Elle a des bas collants couleur chair dont elle nโ€™a que faire. Sur sa cheville, ils sont tout ratatinรฉs. Les manches de ses chemisiers aussi. La fรฉe clochette en fripes de petite vieille, รงโ€™aurait pu รชtre elle. C’aurait รฉtรฉ drรดlement plus magique que ce surnom tout rabougri, “La Bobonne”. Dans son sillage flotte une odeur de rรฉglisse achetรฉe ร  la sauvette chez lโ€™รฉpiciรจre de la rue Piesseveaux et dissimulรฉe dans son grand cabas de faux cuir. Noir. Diable, le caractรจre dโ€™Anna. Dโ€™ailleurs, je ne suis pas sรปre quโ€™elle allait ร  la messe Anna. Un point commun avec moi. Je ne dirai pas Ma foi. 

 

 

La rebelle de ma mรฉmoire familiale, cโ€™est elle. Peut-รชtre parce quโ€™avec moi elle ne sโ€™embarrassait pas ou peut-รชtre parce quโ€™il mโ€™importe de lโ€™imaginer telle. Au moins je comprendrais pourquoi je suis un peu comme รงa. Toujours ร  la frontiรจre du non et du pourquoi. Elle aurait probablement fait un doigt dโ€™honneur ร  sa fin de vie Anna. Sa maniรจre de faire oublier les longs couloirs de la clinique, les draps qui sentent mauvais et engloutissent son corps petit ร  petit. Ne retenir que ses lunettes du bout du nez, ses barbichette tu me tiens et la main bien fort. Surtout.

Aujourdโ€™hui, jโ€™ai mis les boucles dโ€™oreilles dโ€™Anna. Deux mini prunelles. Et puis jโ€™ai dressรฉ la table. Comme elle. On ne fait pas de tralala, dans ma tรชte รงa insistait. La joie et voilร . Un repas improvisรฉ, que lโ€™on prรฉpare hรขtivement en รฉcartant de la main quelques miettes dโ€™une table qui nโ€™a pas encore รฉtรฉ lavรฉe. Deux bancs, trois chaises et le reste oรน bon voudra. Des assiettes de tous les jours, des bols des grands soirs et du vert primevรจre. De celles qui tapissent le verger dโ€™ร -cรดtรฉ. La fraรฎcheur ร  lโ€™รฉtat brut. Et son rire par-dessus qui claque. Pur. A cette table, jโ€™ai conviรฉ tous ceux que jโ€™aime et qui comprennent. 

Anna. 

Je voudrais que pour les miens elle soit encore lร .

La composition A la table d’Anna est un joyeux mรฉlange : Esprit Cantine de Jars Cรฉramistes,ย  collection Chou de Bordallo Pinheiro et lin lavรฉ de Linge Particulier. A retrouver sur La Loja.

Sens dessus dessous

Sens dessus dessous

sens dessus dessous

Sens = sentidos, sentimentos (PT)

ย 

Alors que j’avais les sens

Dessus dessous

Ce matin deux cartes se sont รฉchappรฉes de l’oracle de Lili

Comme un petit mot froissรฉ qu’il convenait de me glisser

Juste lร 

Juste ร  ce moment-lร 

Une caresse de papier

Venue du ciel

Et me murmurer

Des fois, il faut

Par amour

Accepter la magie de la vie

“Ma fille”.

ย 

ย 

Sans probablement le vouloir ni le savoir, Lili Barbery-Coulon a contribuรฉ ร  “sauver” mon confinement et secouer ma vie “d’aprรจs les tourments”. Ses cours de kundalini yoga en ligne et son oracle ont รฉtรฉ le plus puissant des outils d’รฉveil.ย  Et de rรฉveil.

Il y a quelques mois, en avril 2020, je vous รฉcrivais :ย 

Je vous รฉcris. Enfin. Cette fin dโ€™aprรจs-midi.

Jโ€™ai lโ€™impression de vous avoir quittรฉs sur une rรฉvรฉrence rapide et malhabile, pressรฉe par la mi-mars et son appel au repli.

Renouer avec vous et trouver les mots pour traduire mon quotidien depuis le premier jour de ce grand chambardement.ย Je vous รฉcris dโ€™un ยซ entre deux mondesโ€. Jโ€™apprivoise un emploi du temps et une profession rรฉamรฉnagรฉs. La semaine sโ€™รฉcoule selon les heures dโ€™ouverture dโ€™une boutique aseptisรฉe. Art de la table, produits fins ont laissรฉ la place ร  la nรฉcessitรฉ des mesures dโ€™accueil et de protection drastiques. Cโ€™est derriรจre un รฉcran de tissu et de plexi que sโ€™รฉgrรจnent mes jours et que transpirent ma peau et ma peur un peu aussi.

Je vous รฉcris dโ€™un ยซ entre deux mondes ยป . La rรฉalitรฉ dโ€™une premiรจre boutique en veille et le rรชve avortรฉ dโ€™une deuxiรจme. Momentanรฉment. Inรฉvitablement. Les premiers jours cรจdent ร  la crainte des projets financiers et puis apprennent ร  se satisfaire des aides de fortune et de lโ€™espรฉrance.ย 

Je vous รฉcris dโ€™un ยซ entre deux mondes ยซ . Un rythme quotidien effrรฉnรฉ soudain envahi par les dรฉsirs de soi, de sagesse et dโ€™introspection. Jโ€™ai peut-รชtre โ€“ il est vrai โ€“ trop considรฉrรฉ la vie professionnelle comme un enfant turbulent ces derniers temps. Je me surprends, en quittant lโ€™atelier, ร  ressentir la chaleur des rayons de soleil. En colรจre je suis quโ€™ils ne mโ€™aient pas attendue. Je cherche, une fois rentrรฉe en mon nid, ce que dโ€™aucuns appellent les joies douces du confinement. Moi, jโ€™รฉvacue lโ€™รฉcume des jours. Jโ€™รฉcoute mes dรฉcouragements, je les combats plutรดt. Je lis beaucoup et dans tous les sens. Jโ€™attends que la saudade laisse place ร  lโ€™รฉnergie nouvelle. Jโ€™essaie dโ€™esquisser un aprรจs, je trie entre ici et plus tard. Jโ€™รฉvacue ce qui ne me convient pas et plus.

Au loin, la vie. Elle est douce, il me semble. Je mโ€™en souviens.

Je vous รฉcris et jโ€™espรจre quโ€™advienne un rรฉ-enchantement. Celui du temps qui reste.ย 

Prenez soin de vous. Tous.

A trรจs vite de lโ€™autre cรดtรฉ des mots.

Delphine

Je ne le savais pas mais La Loja germait en moi. Qu’on l’appelle force crรฉative ou รฉlan de vie, ce qui se passait en moi me conduisait lร .ย  Une histoire de liens spirituels et gรฉnรฉrationnels, un partage par l’รฉcriture et la rencontre avec celle que je n’osais alors bousculer. Ma destinรฉe. Quelques nappes de brouillard, de bleus et d’รฉcorchures ร  l’รขme plus tard, je peux enfin lui dire qu'”on a toute la vie, nous deux, pour rรฉussir”.ย 

Ce matin deux cartesย se sont รฉchappรฉes de l’oracle de Lili,

Le magic mantra et sehrab mama*

Juste lร 

Et me rappeler combien

L’infini est ici.

ย  *(Accueillir le miracle de la vie et L’heure de l’infinie tendresse a sonnรฉ)

Fรฉ(e)ambule

Fรฉ(e)ambule
Ma premiรจre ambiance. Ma premiรจre histoire.

Foi = fรฉ (PT)

ย 

Je sais que le temps file et quโ€™en arrieฬ€re on ne revient pas. Je sais que les miens mโ€™ont aimeฬe bien avant moi* et que dans les mots parfois je les apercฬงois. Derriรจre ma premiรจre capsule, un portrait de famille. A la trame, une transmission. Les mรฉandres de mon รฉcriture nourrissent leur origine dans ce que jโ€™ai de plus intime. Un arbre gรฉnรฉalogique. (H)รชtre et toujours ressentir.

.

L’eฬvocation de son preฬnom me rappelle les douceurs de l’enfance insouciante et le jardin ouvert sur l’immense pommier fleuri. Jโ€™ai cheฬri mon quotidien chez elle et les parentheฬ€ses enchanteฬes du retour de lโ€™eฬcole. Le cafeฬ sucreฬ, lโ€™eฬcraseฬe de fraises sur les mouillettes de pain beurreฬ et les bonbons aciduleฬs.
Elle eฬtait aฬ€ mes yeux la douceur vintage exprimeฬe en une femme ordinaire et menue. Elle appreฬciait les effluves coquettes du parfum Paris dont elle aspergeait ses boucles mi-terre mi-lune. Ses lunettes fumeฬes, le tic tac de son coeur recousu, ses siestes interminables, sa voix cristalline, ยซ Dansons la capucine ยป, mes souvenirs restent preฬcis autant que lโ€™eฬcriture fine sur la grille de ses mots fleฬcheฬs. Feฬtiches.
De sa jeunesse je ne sais grand chose. Elle a probablement eฬteฬ meฬ€re treฬ€s toฬ‚t, eฬduqueฬe aฬ€ la tache du foyer et de lโ€™attente. Elle me lโ€™a inculqueฬe dโ€™ailleurs, sa patience et le silence aussi, elle qui parlait plus volontiers aux anges.
Elle nโ€™eฬtait pas sa prioriteฬ. Oh non. “3 sous et une soupe”. Cโ€™eฬtait sa manieฬ€re aฬ€ elle de montrer aux autres combien elle les aimait et comme elle pouvait se faire discreฬ€te. Elle semblait reฬsister aux tempeฬ‚tes de lโ€™aฬ‚me et aux deฬsordres de sa vie. Si bien que nous nโ€™avons pas vu sa meฬmoire sโ€™effriter, eฬpuiseฬe dโ€™avoir valseฬ et haleteฬ. La nuit noire en pleine apreฬ€s-midi. Le voile sur les visages et les rires familiers. Au loin son amour de jeunesse, Gaby aux yeux myosotis.
Elle est partie au deฬbut dโ€™un eฬteฬ, chaud et moite comme ses baisers. 

Suzanne. Ma grand-meฬ€re. 

Nous nous sommes aฬ€ peine quitteฬes en veฬriteฬ. Je ne savais pas alors quโ€™entre nous le fil dโ€™or jamais ne se romprait et quโ€™un simple baiser de lumieฬ€re parviendrait aฬ€ nous relier. “Ma fille, ce qui importe dans ce monde, cโ€™est lโ€™ivresse dโ€™aimer. Jamais ne te lasse du renouvellement des perles de roseฬe sur lโ€™herbe rinceฬe.” viendrait-elle quelques anneฬes plus tard me murmurer.


Cโ€™est peut-eฬ‚tre lโ€™heฬritage le plus cher qui me vient de ma grand-meฬ€re. Sonย Grand livre vert. Une couverture en tissu malmeneฬe, des pages nombre de fois tourneฬes, rogneฬes et plieฬes par lโ€™impatience dโ€™une nuit aฬ€ installer.ย Le livre des feฬes. A croire que cโ€™eฬtait preฬdestineฬ. Moi qui ai eฬtudieฬ les contes. Au propre et au figureฬ.

Ce livre est incomplet. Comme ma meฬmoire infantile. Rafistoleฬ. Comme sa vie de femme en miettes dโ€™avoir trop donneฬ. Il sent lโ€™humus de nos racines et le papier renfermeฬ. Comme une fin de vie. Mais retourner en lui me fait lโ€™effet deฬ€s la premieฬ€re page dโ€™une reconnexion aฬ€ lโ€™aฬ‚me. Ceฬreฬmonial et magie ancestrale. Parmi les lignes, le reฬcit des vies et le pouvoir de la catharsis. A la lecture, lโ€™eฬcho de la voix de Suzanne et moi dans ce matelas trop grand pour moi.

ย 

ย 

Il eฬtait une fois une toute petite fille, mignonne et gracieuse. Elle n’eฬtait pas plus haute qu’un pouce, et, pour cette raison, on l’appelait Poucette. Elle recฬงut pour berceau une coque de noix bien vernie ; pour matelas des feuilles de violette ; et pour couverture une feuille de rose. Elle y dormait pendant la nuit ; mais le jour elle jouait sur la table, ouฬ€ la femme placฬงait une assiette remplie dโ€™eau entoureฬe dโ€™une guirlande de fleurs. Dans cette assiette nageait une grande feuille de tulipe sur laquelle la petite Poucette pouvait sโ€™asseoir et voguer dโ€™un bord aฬ€ lโ€™autre, aฬ€ lโ€™aide de deux crins blancs de cheval qui lui servaient de rames. C.H. Andersen

ย 

Je me laisse porter par lโ€™histoire de Poucette et je saisis avec mes yeux dโ€™enfant ce qui un jour ferait sens pour moi : la douceur desย mots et le subtil, lโ€™accomplissement dโ€™une vie au-delaฬ€ des obstacles, lโ€™appel des rayons du soleil et le symbole de lโ€™hirondelle toujours au-dessus de moi. Ma grand-meฬ€re le savait deฬjaฬ€.

ย 

ย 

Je mโ€™abandonne toute entieฬ€re dans le Grand livre vert et je percฬงois que de lui vient cet amour pour la poussieฬ€re dโ€™or et les eฬcrins organiques. Pour le clair-obscur et la nostalgie. Pour lโ€™infiniment poeฬtique et onirique.

ย 

Mes objets pour vous sortiront de ces contes de feฬes raviveฬs. Des choux, des hirondelles, des noix, des fleurs, des feuilles, des nappes aฬ€ carreaux, des theฬieฬ€res, des couleurs chaudes et mordoreฬes. Je vous meฬ€ne laฬ€ ouฬ€ vibrent mes souvenirs illustreฬs et raconteฬs.
Il suffit dโ€™y peฬneฬtrer comme en songe. En habit de nuit et sur la pointe des pieds frigorifieฬs.
Vous me suivez ?

ย 

ย 

PETITE NOTE : J’ai cherchรฉ un endroit preฬserveฬ des regards trop estheฬtiques pour accueillir ma premiรจre ambiance et mon premier shooting photo. Une demeure comme celles qui surgissent aux trรฉfonds d’une forรชt de contes de fรฉes. Nul doute que vous comprendrez pourquoi lโ€™aura duย Chaฬ‚teau de Martignyย aฬ€ Colmey mโ€™a conquise. Ce lieu respire la beautรฉ du coeur et la douce hospitalitรฉ. Je remercie Valeฬrie De Chevigny et sa famille, les premiers compagnons de mes reฬ‚ves de boutique en ligne.

ย 

* murmure de Belleginette

L’effet boule de mer

Effet Bpule de mer

L'EFFET BOULE DE MER

Mer = mar (PT)

ยซ Ce nโ€™est pas la mer ร  boire dit-elle. Moi, jโ€™ai compris lโ€™amer. Elle leva les yeux au ciel. Celui-ci sโ€™assombrit.
Jโ€™ai toujours su que jโ€™รฉtais de mรฉtaphores et dโ€™eau contenue. Peut-on porter la mer et ses dรฉrives en soi ? Je crois. ยป

Depuis petite les mots me parlent deux fois. Arrivent par lร  et puis par en deรงร . Cโ€™est probable, ร  la langue franรงaise, je dois dans une autre vie avoir fait des vล“ux pieux.

Voeux. 2022.  ๐š…๐š’๐š—๐š le 2  ! Vin ? Tanin. Fromage, comptoir, inventaire, salaire, misรจre. Trop simple. Reprendre ร  vin et pain, (en) miettes, le cล“ur, sur la nappe, de lin,  dรฉjeuner, ร  mรชme lโ€™herbe, mouillรฉe, vert, cรฉladon, mousse. Haillon. Vent, ventolin, respire, encore dit Clara, sueur, mรจche, cheveu, sel, iodรฉ, mรฉdusรฉ, oursin, peau, hรขlรฉe, marรฉe. Vague. Comme un pli dans lโ€™eau, de vie. Rires, รฉclats, ร  lโ€™รขme, bobo, allรด, lโ€™รฉcho, au loin. La mer. Ses ressacs et lโ€™amertume de nโ€™y รชtre pas. Houle, sentimentale.
Et, ร  lโ€™instant dโ€™รฉcrire ces mots, le retour ร  la case dรฉpart. A, la lettre, nue, sans une plume. Encre, bon sang, ancre, amarrage, port. Portugal. Por aqui (par ici) ou par lร , โ€ฆ

 

Cโ€™est toujours lโ€™effet boule de mer en moi.
Allez savoir pourquoi mon esprit est fait comme รงa !

Luz 2022

Luz

Luz

ย 

Lumiรจre = Luz (PT)

ย 

On se lโ€™accordera, ce ne fut pas ๐™ฝ๐š˜๐šŽฬˆ๐š• tous les jours cette annรฉe.
Dรฉsillusions. Abandons. ร‰bullitions. Agitations.
On lui laissera
A 2021
Le reste des dรฉceptions.
Annรฉe chagrin.
๐™ฟ๐š˜๐š’๐š—๐š.
Mais suffit une ๐š•๐šž๐š–๐š’๐šŽฬ€๐š›๐šŽ particuliรจre de dรฉcembre
A mi-teinte entre la joie retenue et lโ€™effervescence
Pour faire surgir
Le ๐š‹๐š˜๐š—
Cรดtรฉ des choses et des vรฉritables relations.
Parenthรจse. Trรชve. Temps dโ€™arrรชt.
Faudrait-il sโ€™en priver ?
Que non !
Sโ€™en gaver
Sโ€™en recharger et briller.
Joyeuse entrรฉe dans la pรฉriode
Des lumiรจres.
Que la magie sur nous tous opรจre.

Propositions des fรชtes 2021

Propostions des Fรชtes 2021

Propositions des fรชtes 2021

Cette annรฉe, aux fรชtes, on se (re) met en boรฎte pour vous !

Dรฉcouvrez ici mes boรฎtes apรฉritives, boรฎte ร  fromages ou ร  bruncher ainsi que mes suggestions complรฉmentaires.

Ce pdf peut vous servir de bon de commande. Complรฉtez-le avec vos souhaits et envoyez-le  ร  l’adresse suivante info@chezlafilleduboucher.be.

Je me ferai un plaisir de revenir vers vous pour finaliser votre commande.

Atรฉ breve ! 

Delphine

Viver de amor e saudade

Viver de amor e saudade

Viver de amor e saudade

 

 

Maman, faz favor*, dessine-moi la saudade …

 

Ma douce, ma Zazie,

Comment tโ€™esquisser les traits dโ€™un mot que difficilement tu prononceras mais qui pourtant, dรจs sa premiรจre syllabe, en mer dโ€™Atlantique tโ€™embarquera ? Comment rรฉsumer la richesse dโ€™un mot qui jamais nโ€™a trouvรฉ de correspondance ici-bas ? 

Maman, dis-moi alors, comment vit-on d’amour et de saudade … dis ? 

 

***

 

Dโ€™effluves dโ€™eucalyptus en brumes salines, va filha, va, et cherche-la. A la lueur dโ€™un soleil qui flirte sur ta paupiรจre, ร  la magie dโ€™une dentelle noire ou d’un foulard de Viana, ร  lโ€™ombre du parasol rayรฉ sur les pola de nos รฉtรฉs, au creux dโ€™une mรฉlodie qui sent la bougie et lโ€™encens des รฉglises, dans la finesse des bijoux ancestraux, au pied de notre olivier sacrรฉ ou dans les larmes amรจres dโ€™un fado oubliรฉ. Scrute-la dans les yeux noyรฉs de noir de ton grand-pรจre, dans la rรชverie des murs de pierre, dans le bleu des faรงades chargรฉes dโ€™histoire et de carrelages, dans lโ€™espoir quโ€™aprรจs la dictature les monstres dโ€™hier ne passeront plus.

Devine-la dans la fiertรฉ des immigrรฉs, dans le souvenir de  ceux qui pour toi les frontiรจres clandestinement ont traversรฉes, ร  lโ€™horizon de lโ€™ocรฉan et dans lโ€™attente du pourvu quโ€™ils en reviennent vivants, ร  lโ€™รฉvocation de Manel, Goretti, Joao et notre compagnie, dans mes humeurs mi tristes-mi figues, ร  mรชme la chair dโ€™un raisin couleur tanin, ร  la rugositรฉ de la terracotta et ร  ces grains de sable sous tes doigts.  

Tu la humeras ร  la faveur des odeurs des marรฉes ou de celles barbouillรฉes de fumรฉe et de la transpiration des ouvriers, tu lโ€™apprรฉcieras dans la gourmandise du cafรฉ com nata pris au coin du bar, ร  moins que l’รฉcume de la mer dans ta bouche tu ne prรฉfรจreras. Tu la dรฉcouvriras lorsque la foi et la misรฉricorde sโ€™รฉveilleront en toi, reliquats des vies passรฉes ร  travailler dans les gravats. Ou quand sur tes prunelles mรฉlancoliques on s’interrogera et que farouchement tu rรฉpondras. Mon hรฉritage. C’est comme รงa.

La saudade, ma douce, ma Zazie, cโ€™est ce qui est en toi depuis bien plus longtemps que moi. La trace indรฉlรฉbile qui fait de toi une fille de lร -bas. Ne lโ€™oublie pas, รฉgrรจne-la jusquโ€™au plus petit bout de toi.

Cheira bem cheira saudade**.  

 

 

Maman

 

 

 

*stp

**รงa sent bon, รงa sent la saudade

Andorinha

Andorinha

ANDORINHA

J’ai un rapport particulier aux hirondelles. Peut-รชtre parce qu’elles me rappellent celle qui lร -haut veille sur mes heures et bonheurs. ย Peut-รชtre parce qu’ร  leur simple vue s’ouvre en moi la porte qui remue l’รขme.ย 

(Rรฉ)รฉcriture d’un texte de l’รฉtรฉ 2020.

ย ย 

ย 

ย 

Je vous parle dโ€™elle et, en rรฉel, je ne la connais pas. Si aucun souvenir nโ€™effleure ma mรฉmoire, je sais pourtant presque tout dโ€™elle. Lโ€™essentiel. On dit que mon regard a rencontrรฉ le sien. Intensรฉment brun. Sa peau rรชche et burinรฉe par le soleil brรปlant sent la sueur, le pain de maรฏs et le lait de brebis. Elle a le timbre chuintant et vif du nord du pays. Elle aime chanter Marie ร  vous sortir des larmes pudiques de petite fille. Couleur perle de mer. Cโ€™est que la mรฉlancolie et la duretรฉ de la vie lui servent dโ€™amies. Ses mains sont faites pour remuer la terre battue et sโ€™accrocher aux pans de ses tabliers de poussiรจre et de coton dru. Une vie terracotta. Elle vit. Dans son ombre, un oiseau. Noir. Comme cette mรจche imaginaire et rebelle quโ€™elle ne cesse de ramener ร  son chignon bas. Elle est femme, mรจre et ouvriรจre, donnรฉe ร  sa terre et ร  ceux de sa chair. Tellement quโ€™elle en nรฉglige la sienne et consumme la flamme de sa vie prรฉmaturรฉment et injustement. Mรก sorte*. Je porte son prรฉnom. En amulette, comme pour traverser les รขges qu’elle n’a pas eus.ย 

Je lโ€™ai rencontrรฉe en rรชve cet รฉtรฉ. Un battement dโ€™ailes sur ma joue. Ma grand-mรจre du ciel, ยซ ma grand-mรจre ร  deux ailes ยป. ย 

ย 

On dit que les oiseaux ne meurent jamais. Ou alors par accident. Si les oiseaux se transmettent de gรฉnรฉration en gรฉnรฉration, ย le mien me vient sans aucun doute d’elle. Cโ€™est une hirondelle.ย 

Francelina, mon andorinha**.

ย 

sur une idรฉe murmurรฉe de Valรฉrie Perrin

ย 

* malchanceย 

** hirondelle

Sensibilitรฉ

Sensibilitรฉ

Sensibilitรฉ

Depuis l’enfance je fronce les yeux. Comme pour dรฉtourer les choses qui devant moi se posent. Flous et brisures de lumiรจre m’apparaissent dรจs le lever du jour. “Pourquoi le Bon Dieu sur mon berceau, la myopie a-t-il laissรฉe en cadeau ?”

 

Je ne vous parle pas ici de coquetterie mais d’une forte contrariรฉtรฉ ร  assumer, le mot handicap je n’oserais employer. C’est au travers de lentilles qu’il me faut apprรฉcier quotidiennement la subtilitรฉ et l’esthรฉtique de ce qui m’entoure. Sans cela je vivrais dans un monde sans contact, couvert d’ombres ou couleur boue.


La vie, je la stocke derriรจre ma rรฉtine beuillรฉe. Des formes sans angle pour ne pas m’y heurter, des couleurs non saturรฉes, des paysages floutรฉs mais libres de s’y รฉvader. Je m’y suis malgrรฉ moi habituรฉe. 

 

A vrai dire, je ne suis pas trรจs douรฉe pour vivre les choses ร  la lumiรจre du grand jour. Celle-ci trop forte m’incommode et provoque en moi le retranchement. Mais je sais รฉcouter les voix, lire les mots sur les bords des lรจvres et de l’รขme,  et tressaillir au toucher. Mes autres sens, j’ai appris ร  les aiguiser et  mรชme si je ne peux rapprocher votre visage du mien pour mieux l’apercevoir, je sais en dรฉceler les nuages de l’orage. Et c’est qu’il en passe des tas depuis des mois. Je suis comme cela imprรฉgnรฉe des รฉmotions et de vos passages. Les sensations triรฉes, les informations engrangรฉes, les larmes salines retenues ou รฉvacuรฉes, toute ma mรฉmoire affective est ร  fleur de peau plus que de cornรฉe. 

   

Si le Bon Dieu m’a fait don de la myopie ce ne peut รชtre que pour la noirceur des hommes m’รฉpargner et mes rรชves prรฉserver.  Une invitation ร  mettre le monde ร  distance, ร  ne garder que l’essentiel, ce qui passe par le coeur. Une incantation ร  oser vivre tout trรจs fort et trรจs intimement.  A me sentir et me dรฉclarer sensible, hyper mรชme. Il ne peut en รชtre autrement … ร  l’รฉcrire je viens de le comprendre.  

Florilรจge et lexique em portuguรชs

FLORILEGE ET LEXIQUE EM PORTUGUรŠS

A MALETA

Trad. : laย  valise (en carton)

ย 

Tout a commencรฉ avec elle.
Pour le peu que je m’en souvienne.

En tous les cas, depuis et, ce, malgrรฉ elle,
On nous nomme De Sousa, Dos Santos, Carlos, Portos, tous pareils
Mon pรจre, Rodolfo, Josefo, Alfonso, Roberto, cousin d’Enrico (le Macias) ou de Julio (l’Iglesias) mรชme pas nรฉs ร  Porto.

On sโ€™imagine
Que les femmes de la famille ont รฉtรฉ crรฉรฉes pour frotter, chanter, soupirer et les hommes pour trueller.
Que la misรจre grave est tombรฉe sur nos vieux comme la cerise dans l’aguardiente trop macรฉrรฉe
Et que notre hรฉritage, semblable ร  ce mรฉlodrame des annรฉes 80โ€™, n’en finit pas.

Merci Linda !
C’est un beau “bourdel” que tu nous as mis lร  !

AS PORTUGUESASย 

Trad. : les filles (de lร -bas)

ย 

Elles ont dit-on

Le sang mรชlรฉ de terre et dโ€™embruns
La gorge dรฉployรฉe et le verbe fort
Le regard charbon et le nez aussi haut que leur chignon
Lโ€™or au bout des oreilles plutoฬ‚t quโ€™en petite monnaie
La sueur colleฬe aฬ€ lโ€™aฬ‚me et le cล“ur sur les mains
La prieฬ€re, Marie et tous les saints au bout du chapelet
Les grands-parents sous le toiฬ‚t
Et le reste de la casa sous le bras !

Les filles de lร -bas ont ce jenesaisquoi de farouche et de malhabile. Cโ€™est quโ€™aux cรดtรฉs des hommes elles nโ€™ont rien ร  envier et pas une larme ร  verser.
Elles ont peut-รชtre la pudeur de leur mรจre en hรฉritage mais le caractรจre des vagues pour dompter leur destinรฉe. Mes sล“urs au teint halรฉ et aux baisers salรฉs.

Ps en apartรฉ : si ร  la lecture de tout cela une portugaise tu comptes draguer, un petit conseil โ€ฆ le mot ๐š‹๐š’๐š๐š˜๐š๐šŽ (๐šƒ๐š›๐šŠ๐š. : ๐š–๐š˜๐šž๐šœ๐š๐šŠ๐šŒ๐š‘๐šŽ) de ton lexique tu eฬpargneras. Je tโ€™aurai aviseฬ ma foi –

O TALHOย 

Trad. : la boucherie

ย 

O talhante : ๐š•๐šŽ ๐š‹๐š˜๐šž๐šŒ๐š‘๐šŽ๐š› (๐š•๐šŽ โ€œ๐š™๐šŠ๐š๐š›๐šŽโ€œ / ๐š˜ ๐š™๐šŠ๐š’)

A mulher do talhante : ๐š•๐šŠ ๐š๐šŽ๐š–๐š–๐šŽ ๐š๐šž ๐š‹๐š˜๐šž๐šŒ๐š‘๐šŽ๐š›ย 

A filha do talhante : ๐š•๐šŠ ๐š๐š’๐š•๐š•๐šŽ ๐š๐šž ๐š‹๐š˜๐šž๐šŒ๐š‘๐šŽ๐š› (๐š–๐š˜๐š’)

A mรฃe da filha do talhante : ๐š•๐šŠ ๐š–๐šŽฬ€๐š›๐šŽ ๐š๐šŽ ๐š•๐šŠ ๐š๐š’๐š•๐š•๐šŽ ๐š๐šž ๐š‹๐š˜๐šž๐šŒ๐š‘๐šŽ๐š›

Tal mรฃe tal filha : ๐š“๐šŽ ๐š–โ€™๐šŽฬ๐š๐šŠ๐š›๐šŽ !

Filha da (tua) mรฃe : ๐š“๐šž๐š›๐š˜๐š— ๐šŒ๐šŽฬ๐š•๐šŽฬ€๐š‹๐š›๐šŽ (๐š‘๐šข๐š™๐šŽ๐š› ๐š›๐šŽฬ๐š™๐šŠ๐š—๐š๐šž ๐šŽ๐š— ๐š๐šŽ๐š–๐š™๐šœ ๐š๐šŽ ยซ ๐šŒ๐š˜๐šŸ๐š’๐š ๐š๐šŠ ๐š๐šž๐šŠ ๐š–๐šŠฬƒ๐šŽ ยป)

VAMOS A PRAIAย 

Trad. : Allez viens, on se tire ร  la plage

ย 

On va voir …

La mer : o mar
Les moules : mexilhรตes
Les poulpes : polvo et Poloย 
Le gang des sardines : sardinhas
Les morues : bacalhau et co
Les baleines : baleias
Aldo, Pamela, Arielle la sirรจne,
… mon pรจre, ma mรจre, mes frรจres et mes soeursย #hohoย #ceseraitlebonheur

ps entre nous (et seulement parce que je vous vois venir) : en langage argotique du nord du pays, une morue = parva

ย 

DEUS

Trad. : le bon Dieuย (marche aussi avec Jรฉsus cela dit)

ย 

Cรฉus : ciel ! (crottin, flรปte, zut !)

Bom Domingo : jour du Seigneur

Jesus Cristo : bon Dieu de … (crotte !ร 

Santo Deus : doux Jรฉsus ! (oh!)

Meu Deus ou Deus meu : oh oh ! bis

Santa Maria : Sainte Marie (please, help, ajuda !)

Santa Maria Mae de Deus : Sainte Marie mรจre de Dieu (exclamation ! suffocation !)

Maria Santissima : pour les demandes urgantissimes, les vรฉritables quoi ! (socorro !)ย 

ย 

Palabras

(PT) Palabras = petits mots

Prรฉambule

On sait de moi que mes racines plongent dans lโ€™Atlantique, en territoire lusitanien mais aussi en terre gaumaise, ร  la frontiรจre entre Saint-Mard la frondeuse et Virton la disciplinรฉe. Dโ€™aucuns diront que jโ€™ai les yeux chargรฉs de saudade et des cernes qui ne peuvent mentir la houle de mon caractรจre. On me prรชte ร  la fois tendresse et froideur, je dirais pudeur, plutรดt et retenue aussi. Je suis surtout de celles quโ€™un mot ravit et que le frรดlement dโ€™une mรฉlodie suffit ร  faire frรฉmir plutรดt que de celles qui abusent dโ€™artifice.

Alors, par ici, je vous dรฉposerai les mots et les phrases quโ€™il me plaรฎt dโ€™amarrer ร  ma tรชte. Ces envies dโ€™authenticitรฉ et dโ€™explorer la relation qui nous lie. Par ici, je franchirai le pas, outre-boutique, qui me mรจne de vous ร  moi.

Cโ€™est dรฉcidรฉ, aujourdโ€™hui est le premier pressentiment de ce que je vais demander ร  la vie.  La promesse de qui je suis.

Je reste lร , au soleil, le coeur apaisรฉ, en regardant les choses et les hommes dโ€™un oeil amical et je sais que la vie vaut la peine dโ€™รชtre vรฉcue, que le bonheur est accessible, quโ€™il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner ร  ce que lโ€™on aime dans un abandon total de soi. La promesse de lโ€™aube.

Services et Produits

Services et produits

Plaisirs pour les yeux  et pour la bouche

Mes produits sโ€™invitent en boutique au rythme des productions et des commandes raisonnรฉes. Issus de la noblesse et de la fertilitรฉ de la terre du nord de lโ€™Atlantique ou de la terre du ยซ milieu ยป, ils  รฉvoquent  le travail traditionnel et passionnรฉ. Chez la fille du boucher point de service en ligne mais des mains ร  mรชme la matiรจre et surtout des bras ouverts.  Je mise sur la relation de proximitรฉ et la sรฉlection dโ€™articles personnalisรฉe.

Comme  un รฉlรฉment indispensable au bien manger, lโ€™esthรฉtique est aussi une affinitรฉ quโ€™il me plaรฎt de toujours rechercher. Cโ€™est ainsi, je craque devant lโ€™emballรฉ et lโ€™enrobรฉ !  La beautรฉ me fait lโ€™effet dโ€™une ondรฉe chaude ร  fleur de la  peau ou dโ€™un verre de bulles improvisรฉ ร  la table du dรฉjeuner. Convaincue quโ€™ร  elle seule la beautรฉ peut zapper la morositรฉ et nourrir autant que le goรปt, je vous offre mes dรฉcouvertes pour les yeux et pour la bouche.

Jโ€™ose le dire, jโ€™ai le goรปt du merveilleux. Comme un reste dโ€™enfance. Il nโ€™y a pas de crรฉation sans cela, ni de joie ร  entretenir sans cela.

Lโ€™histoire

L'histoire

Le boucher et sa fille

Mon pรจre est arrivรฉ du Portugal, lโ€™ล“illet ร  la chemise et dans son cล“ur un projet de vie pour se sentir responsable de ceux qui vont suivre.

Mon pรจre est boucher. Lui, cela fait bien longtemps quโ€™il a trouvรฉ le verbe de sa vie. Un mรฉtier-revanche sur cette รฉtiquette dโ€™imigrante. Un mรฉtier qui lui permet dโ€™habiter le temps au lieu de courir aprรจs des รฉpisodes de jeunesse avortรฉe.ย  Un mรฉtier qui rectifie comme il le peut les incohรฉrences des temps modernes en mettant les offrandes de la terre entre nos mains et les dons du ciel entre nos dents.

Aux cรดtรฉs de mon pรจre, jโ€™ai appris ร  devenir plus heureuse et moins cramponnรฉe ร  des objets inutiles. ยซย Cโ€™est facile dรจs lors que tu acceptes ce que lโ€™on te prรชte pour une vieย ยป. Cโ€™est lui aussi qui mโ€™a soufflรฉ que tout nโ€™est que mouvements et surprises, obstacles et rรฉactions crรฉatives.

A le regarder, jโ€™ai troquรฉ ย lโ€™habit de directrice contre un tablier fait de lin dru et de sueur. Sans lโ€™imaginer vraiment je me rapprochai des mes sล“urs de sang, au teint halรฉ et aux baisers salรฉs. Ces filles portugaises attachรฉes ร  leur terre et ร  leurs pairs, ร  la mer et ร  la Vierge. Jโ€™ai osรฉ dรฉjouer le ยซย tout traรงรฉย ยป et revenir vers elles, mes origines. Lร  oรน poussent les racines et la vigne.

Jโ€™ai dรฉposรฉ mes outils de travail et mes premiers cartons dans un coin de la boutique ร  papa pour ouvrir lโ€™รฉpicerie de mes rรชves dโ€™enfant. Jโ€™y ai rassemblรฉ des รฉtals aux couleurs de mon cล“ur ย etย  de cette lumiรจre du Sud qui me fait tant vibrer. Chez la fille du boucher est nรฉ(e) et le mรฉtier dโ€™รฉpiciรจre jโ€™ai commencรฉ, avec vous, ร  apprรฉhender.