Fé(e)ambule

Fé(e)ambule
Ma première ambiance. Ma première histoire.

Foi = fé (PT)

Je sais que le temps file et qu’en arrière on ne revient pas. Je sais que les miens m’ont aimée bien avant moi* et que dans les mots parfois je les aperçois. Derrière ma première capsule, un portrait de famille. A la trame, une transmission. Les méandres de mon écriture nourrissent leur origine dans ce que j’ai de plus intime. Un arbre généalogique. (H)être et toujours ressentir.

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L’évocation de son prénom me rappelle les douceurs de l’enfance insouciante et le jardin ouvert sur l’immense pommier fleuri. J’ai chéri mon quotidien chez elle et les parenthèses enchantées du retour de l’école. Le café sucré, l’écrasée de fraises sur les mouillettes de pain beurré et les bonbons acidulés.
Elle était à mes yeux la douceur vintage exprimée en une femme ordinaire et menue. Elle appréciait les effluves coquettes du parfum Paris dont elle aspergeait ses boucles mi-terre mi-lune. Ses lunettes fumées, le tic tac de son coeur recousu, ses siestes interminables, sa voix cristalline, « Dansons la capucine », mes souvenirs restent précis autant que l’écriture fine sur la grille de ses mots fléchés. Fétiches.
De sa jeunesse je ne sais grand chose. Elle a probablement été mère très tôt, éduquée à la tache du foyer et de l’attente. Elle me l’a inculquée d’ailleurs, sa patience et le silence aussi, elle qui parlait plus volontiers aux anges.
Elle n’était pas sa priorité. Oh non. “3 sous et une soupe”. C’était sa manière à elle de montrer aux autres combien elle les aimait et comme elle pouvait se faire discrète. Elle semblait résister aux tempêtes de l’âme et aux désordres de sa vie. Si bien que nous n’avons pas vu sa mémoire s’effriter, épuisée d’avoir valsé et haleté. La nuit noire en pleine après-midi. Le voile sur les visages et les rires familiers. Au loin son amour de jeunesse, Gaby aux yeux myosotis.
Elle est partie au début d’un été, chaud et moite comme ses baisers.

Suzanne. Ma grand-mère.

Nous nous sommes à peine quittées en vérité. Je ne savais pas alors qu’entre nous le fil d’or jamais ne se romprait et qu’un simple baiser de lumière parviendrait à nous relier. “Ma fille, ce qui importe dans ce monde, c’est l’ivresse d’aimer. Jamais ne te lasse du renouvellement des perles de rosée sur l’herbe rincée.” viendrait-elle quelques années plus tard me murmurer.

C’est peut-être l’héritage le plus cher qui me vient de ma grand-mère. Son Grand livre vert. Une couverture en tissu malmenée, des pages nombre de fois tournées, rognées et pliées par l’impatience d’une nuit à installer. Le livre des fées. A croire que c’était prédestiné. Moi qui ai étudié les contes. Au propre et au figuré.

Ce livre est incomplet. Comme ma mémoire infantile. Rafistolé. Comme sa vie de femme en miettes d’avoir trop donné. Il sent l’humus de nos racines et le papier renfermé. Comme une fin de vie. Mais retourner en lui me fait l’effet dès la première page d’une reconnexion à l’âme. Cérémonial et magie ancestrale. Parmi les lignes, le récit des vies et le pouvoir de la catharsis. A la lecture, l’écho de la voix de Suzanne et moi dans ce matelas trop grand pour moi.

Il était une fois une toute petite fille, mignonne et gracieuse. Elle n’était pas plus haute qu’un pouce, et, pour cette raison, on l’appelait Poucette. Elle reçut pour berceau une coque de noix bien vernie ; pour matelas des feuilles de violette ; et pour couverture une feuille de rose. Elle y dormait pendant la nuit ; mais le jour elle jouait sur la table, où la femme plaçait une assiette remplie d’eau entourée d’une guirlande de fleurs. Dans cette assiette nageait une grande feuille de tulipe sur laquelle la petite Poucette pouvait s’asseoir et voguer d’un bord à l’autre, à l’aide de deux crins blancs de cheval qui lui servaient de rames. C.H. Andersen

 

Je me laisse porter par l’histoire de Poucette et je saisis avec mes yeux d’enfant ce qui un jour ferait sens pour moi : la douceur des mots et le subtil, l’accomplissement d’une vie au-delà des obstacles, l’appel des rayons du soleil et le symbole de l’hirondelle toujours au-dessus de moi. Ma grand-mère le savait déjà.

 


Je m’abandonne toute entière dans le Grand livre vert et je perçois que de lui vient cet amour pour la poussière d’or et les écrins organiques. Pour le clair-obscur et la nostalgie. Pour l’infiniment poétique et onirique.

Mes objets pour vous sortiront de ces contes de fées ravivés. Des choux, des hirondelles, des noix, des fleurs, des feuilles, des nappes à carreaux, des théières, des couleurs chaudes et mordorées. Je vous mène là où vibrent mes souvenirs illustrés et racontés.
Il suffit d’y pénétrer comme en songe. En habit de nuit et sur la pointe des pieds frigorifiés.
Vous me suivez ?

PETITE NOTE : J’ai cherché un endroit préservé des regards trop esthétiques pour accueillir ma première ambiance et mon premier shooting photo. Une demeure comme celles qui surgissent aux tréfonds d’une forêt de contes de fées. Nul doute que vous comprendrez pourquoi l’aura du Château de Martigny à Colmey m’a conquise. Ce lieu respire la beauté du coeur et la douce hospitalité. Je remercie Valérie De Chevigny et sa famille, les premiers compagnons de mes rêves de boutique en ligne.

* murmure de Belleginette